Pollution plastique : croiser les sciences pour éclairer l’action publique

Un cycle de conférences commun porté par la Fondation Tara Océan et la Fondation Maison des Sciences de l’Homme

À l’heure où la pollution plastique s’impose comme l’un des marqueurs les plus tangibles de la crise écologique globale, une évidence s’affirme : aucune discipline ne peut, à elle seule, en saisir toute la complexité. Comprendre cette pollution, ses origines, ses effets et les voies de transformation possibles exige de croiser les regards, d’articuler les savoirs et de faire dialoguer sciences du Vivant et sciences humaines et sociales.

C’est dans cette perspective que la Fondation Tara Océan et la Fondation Maison des Sciences de l’Homme ont choisi d’initier, en 2026, un cycle de conférences commun, conçu comme un espace de réflexion rigoureux, accessible et ouvert au débat public. Une collaboration fondée sur une conviction partagée : éclairer pour agir, en mettant la connaissance au service de décisions collectives.

Observer l’Océan pour comprendre une pollution systémique

Les travaux menés par la Fondation Tara Océan, à travers ses expéditions scientifiques, ont permis une meilleure compréhension de la pollution plastique. En étudiant le plancton, base de la chaîne du vivant dans l’Océan, les scientifiques ont mis en évidence que les plastiques sont omniprésents dans l’Océan, sous des formes notamment microscopiques. 

A chaque remontée de filet permettant d’étudier les micro-organismes marins on capture également d’importantes quantité de plastique et en particulier de micro-plastiques.
Henri Bourgeois Costa, expert plastique à la Fondation Tara Océan

Dès 2014, l’expédition Tara Méditerranée a révélé une contamination massive par les microplastiques, faisant de cette mer semi-fermée l’une des plus touchées au monde. Loin de se limiter aux déchets visibles, cette pollution résulte de processus complexes : dégradation des macro-déchets, pertes de granulés industriels ou de micro-plastiques volontairement abandonnés dans l’environnement comme ceux utilisés dans les cosmétiques ou dans les semences agricoles. 

Quelques années plus tard, l’expédition Tara Microplastiques (2019), s’attachait à comprendre les flux de plastique de la terre vers la mer en remontant neuf des plus grands fleuves européens, de l’embouchure à l’amont de la première grande métropole. Elle a confirmé le caractère généralisé et terrestre de cette pollution. 

La pollution à terre constitue un important gisement de micro-plastiques qui transporté lors des épisodes pluvieux viennent alimenter, par le réseau hydrographique, la pollution marine, et c’est sans évoquer la pollution plastique atmosphérique. 

Echantillon d'eau de mer contenant du plastique

Au-delà de l’aspect physique, les plastiques constituent également une pollution chimique, du fait des milliers de substances entrant dans leur composition (un cocktail de 16 000 composants). C’est pour étudier cette pollution aux implications majeures pour la santé des écosystèmes et donc des populations humaines qu’a été lancé l’expédition Tara Europa (2023), dont les premiers résultats sont attendus fin 2026.

Les sciences humaines et sociales (SHS) : un éclairage indispensable

« Le plastique s’est imposé dans nos quotidiens parce qu’il a été pensé, promu et régulé comme une solution évidente. En sciences humaines et sociales, on s’intéresse précisément à cette banalisation : à la manière dont des décisions industrielles et politiques finissent par structurer durablement les pratiques sociales. »

Comprendre la crise plastique, c’est accepter de regarder en face ce qui, dans nos institutions, nos récits du progrès et nos formes de gouvernance, rend ce système si résistant au changement, et réfléchir aux conditions sociales et politiques d’une véritable transformation.
Fabiana DI PAOLA Responsable Programme Océans Direction Recherche & International

Si les sciences naturelles permettent de mesurer, de cartographier et de qualifier la pollution plastique, elles ne suffisent pas à en expliquer les causes profondes ni la persistance. 

Pourquoi le plastique s’est-il imposé comme matériau central de nos économies ? Quels récits, quelles normes et quelles politiques publiques ont accompagné cette trajectoire ? Quels freins entravent la transition vers des modèles plus soutenables ?

À travers son programme « Océans – Mondes sociaux, mondes vivants », la Fondation Maison des Sciences de l’Homme met l’accent sur les dimensions humaines et sociales derrière la dégradation de l’écosystème océanique : la pollution plastique en est l’une des illustrations. Les SHS apportent ici des clés de lecture essentielles sur les usages, les comportements, les cadres réglementaires et les rapports de pouvoir qui structurent la question plastique. Elles permettent de dépasser une approche centrée sur la seule responsabilité individuelle, pour interroger les choix collectifs, industriels et politiques.

Un cycle de conférences pour éclairer le débat public

Le cycle de conférences « Plastiques : un poison systémique » s’inscrit dans cette ambition. Il vise à rendre accessibles des analyses de haut niveau, à destination du plus grand nombre, les citoyens, les scientifiques , les acteurs institutionnels et les décideurs. L’enjeu est double :

Dans un contexte marqué par une focalisation sur la responsabilité individuelle, par la mise en avant de fausses solutions telle le recyclage ou les bio plastiques, ce cycle propose un regard critique, informé par les sciences humaines et sociales, pour interroger les conditions d’une transformation structurelle des modèles de production et de consommation.

Penser une transition, collectivement

La pollution plastique révèle les limites d’un modèle de développement fondé sur une dissociation entre économie et écologie. 

« Il nous faut aujourd’hui considérer cette crise non comme la somme des comportements individuels mais comme la résultante de choix industriels et politiques qu’il convient de revoir et actionner les leviers nécessaires à la construction d’autres schémas. Cela signifie accepter l’inconfortable et enthousiasmant défi d’un changement profond de société. » Henri Bourgeois Costa

Les plastiques, omniprésents depuis à peine quelques décennies, ne constituent pas un socle de nos sociétés. Réduire les plastiques est aujourd’hui un impératif !

En croisant les savoirs, en confrontant les disciplines et en donnant toute sa place au débat, ce cycle de conférences entend contribuer à une réflexion collective sur les conditions d’une transition juste et durable.

Cycle de conférence FMSH - Fondation Tara Océan

📅 Programme des conférences

🔹 Plastiques, des acteurs essentiels de la crise écologique globale

Mardi 17 mars 2026 18:30 – 20:30

Dans un dialogue animé par Aurélie Luneau, Baptiste Monsaingeon et Henri Bourgeois Costa se penchent sur ce qui fait des plastiques un sujet si complexe à traiter. Composante essentielle d’un système économique fondé sur la surproduction et l’obsolescence programmée, ils ne sont pas qu’un simple marqueur de notre société de consommation mais en permettent la structuration. 

Baptiste Monsaingeon est sociologue des sciences, des techniques et de l’environnement, maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et détaché au CNRS au sein LISIS.

Géographe des écosystèmes de formation, Henri Bourgeois Costa est Directeur des affaires publiques de la Fondation Tara Océan, expert en pollution plastique/toxique et économie circulaire. Aurélie Luneau est journaliste-productrice du magazine de l’environnement « De cause à effets » sur France Culture, et professeure associée à Sciences Po.

🔹 Les plastiques font-ils la loi ?

Mardi 19 mai 2026 18:30 – 20:30

Les lois et la réglementation bâtis en réponse à la crise plastique nous renseignent sur la façon dont nos sociétés appréhendent les enjeux, définissent les priorités. Cela raconte également les puissances en présence qui influencent le législateur. Béatrice Parance, spécialisée en droit de l’environnement et droit de la santé et dirigeant l’Axe Santé Environnement du Laboratoire de droit médical et de la santé de l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis dialoguera avec Henri Bourgeois Costa, Directeur des affaires publiques de la Fondation Tara Océan, de ces questions mais également des perspectives d’une meilleure prise en compte de ces enjeux.

🔹 Plastiques en fin de vie, une géographie des déchets.

27 octobre 202618:30 – 20:30

Analyser l’impact environnemental et sociétal de la fin de vie des plastiques ne peut se faire qu’en analysant leurs flux et leur composition physico-chimique, qui permet de comprendre non seulement leurs conséquences sur l’environnement et la société, mais aussi leur aspect social, en étudiant les dynamiques entre les acteurs qui composent la filière et leur influence sur ce flux. Jeanne Perez et Henri Bourgeois Costa se pencheront sur ces questions et porteront une réflexion plus large sur la structuration des filières de recyclage des plastiques et le bouclage de ces flux, ce que cela dit de l’hyperfocalisation des choix politiques sur cette partie du cycle de vie des plastiques. 

Jeanne Perez est Docteure en Géographie, chercheuse au laboratoire Espaces et Sociétés (ESO, CNRS) à Le Mans Université. Ses recherches s’inscrivent dans le champ de la rudologie (étude des déchets). Géographe des écosystèmes de formation, Henri Bourgeois Costa est Directeur des affaires publiques de la Fondation Tara Océan, expert en pollution plastique/toxique et économie circulaire.

🔹 Plastiques, révélateurs de la crise éthique de notre relation au vivant

15 décembre 202618:30 – 20:30

Dans un dialogue animé par Henri Bourgeois Costa, Jean Philippe Pierron et Marine Calmet traiteront de ce que les plastiques disent de notre relation au vivant. Ils tenteront de répondre à la question de savoir si lutter contre la crise plastique peut s’envisager sans reconstruire notre système de valeurs et bâtir un nouveau droit du vivant ?

Jean Philippe Pierron est philosophe, professeur des universités en philosophie de la vie, de la médecine et du soin à l’Université de Bourgogne et Directeur de la chaire Valeurs du soin à l’Université Jean-Moulin Lyon 3.

Marine Calmet est juriste en droit de l’environnement, Co-fondatrice et directrice du Programme Wild Legal, association qui s’est donnée pour mission de faire reconnaître les droits de la nature en France.

Géographe des écosystèmes de formation, Henri Bourgeois Costa est Directeur des affaires publiques de la Fondation Tara Océan, expert en pollution plastique/toxique et économie circulaire.

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